Hommage à mon compte en banque

À toi mon compte en banque. Toi, qui m’a suivie partout dans le monde, toi, qui m’a collé aux basques et m’a même refilé une MFT : une Maladie Financièrement Transmissible.

À nos amours délicieuses

Nous avons eu quelques beaux moments, courts mais intenses, lorsque je restais bloquée dans trois mètres carrés tout en rêvant de m’échapper.

Moi, banlieusarde parisienne le temps d’une astreinte, essayant tant bien que mal de fumer une Vogue à la fenêtre de cette chambre au Première Classe qui m’a coutée deux cents balles pour un service pourri, tandis qu’à l’intérieur de ma main fébrile se tient un expresso à deux euros. Le dernier best-seller de Stephen King m’attend sur le lit en quatre-vingt-dix, qui tout en prenant une pose lascive se moque de ma face tartinée d’un masque au charbon dégueulasse et toi, qui observe la scène un sourire aux lèvres, essayant d’attraper au vol ce semblant d’innocence, cette lueur de folie qui fait que tu restes, allant à l’encontre de tes convictions, laissant à d’autres moments ce sentiment d’insécurité constant que tu ressens.

À nos entraves délictueuses

Puis nous avons eu des moments plus difficiles, quand je n’acceptais pas l’évidence et que toi, tu commençais à déchanter.

Moi, citoyenne américaine le temps d’une escale, essayant tant bien que mal de fumer ce paquet de Virginia Slim (ou de Philipp Morris, acheté une blinde à la station essence du coin) dans la douche de cette gigantesque suite au Hilton que je n’ai pas payée, tandis qu’à l’intérieur de ma main gonflée se tient un jus de chaussettes sucré goût vanille à huit dollars. Le dernier Stephen King m’attend sur le king size, qui sachant que le mot « escale » rime avec « se mettre une race » se moque de ma face colorée au Kat Von D et toi, qui accepte mes déboires tout en ayant ce pouvoir de me freiner parfois, quand j’abuse tellement que tu finis par te sentir vide. Impuissant.

À nos adieux distanciés

Puis nous avons traversé ce chaos total, alors que la banquière s’était mise entre nous et que tu m’avais chassée de ta vie.

Moi, Podensacaise le temps du confinement, essayant tant bien que mal d’arrêter de fumer assise à la terrasse de ce loyer que je n’ai jamais pu assumer, tandis qu’à l’intérieur de ma main toute desséchée se tient un café de marque repère à moins de trois euros le paquet de cinquante dosettes. Le dernier Stephen King m’attend sur le lit japonais, qui souffrant d’une énorme paresse se moque de ma face non entretenue et toi, ne prenant plus de nouvelles après que tu aies bloqué ma carte, mon numéro, mon compte Facebook et même mon Whats’App, car ce Covid-19 a fait de moi une chômeuse en recherche d’emploi, sans salaire ni allocations, cette inconnue au bataillon, cette oubliée du système.

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